Portrait en noir et blanc

L'Histoire

Pour comprendre Cimbri, il faut chiner… une histoire.

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Chapitre I

L'Origine

Ses propres règles : sa seule autorité.

Il est né en 1917, dans le nord de l'Italie.

Une région de montagne, et une époque où l'on apprend très tôt à compter sur soi-même, et où les règles ont toujours été... une question d'interprétation.

Pendant les années de guerre, il était braconnier. Dans le nord occupé, ce n'était pas un crime. C'était une façon de survivre. Il connaissait le terrain. Il se déplaçait en silence. Il prenait ce que la montagne offrait et nourrissait les gens avec cela.

Un jour, une garnison allemande l'a capturé, non pour résistance, non pour idéologie, mais simplement parce qu'il poursuivait un chien. Son petit chien de chasse venait de s'élancer vers le danger, et il a refusé de l'abandonner. On peut résister aux grandes causes. On résiste rarement à son chien...

Il a été arrêté. Il est passé par les camps. Il a survécu. Pas par chance, par intelligence, par ruse, par caractère. Il en a gardé une bronchite chronique toute sa vie.

Il parlait très rarement de ces années-là. Ce n'était pas quelque chose qu'il aimait raconter.

Mais je me souviens d'une histoire qu'il m'avait confiée. Au camp, il avait remarqué que les prisonniers trouvés avec des puces étaient envoyés à l'infirmerie, parce que c'était considéré comme un signe de maladie. Pour eux, c'était aussi un moyen d'échapper, au moins temporairement, à la brutalité du camp.

Alors, des puces, il en a fait l'élevage. Il les échangeait. Il faisait circuler une petite économie clandestine pendant que les gardes regardaient ailleurs. Il trouvait toujours un moyen. Même pour se nourrir, en récupérant les pelures de pommes de terre que les Allemands jetaient.

Il avait compris quelque chose d'essentiel : dans un système absurde, le génie consiste à en exploiter les failles plutôt qu'à s'y soumettre.

Ce que ces années ont laissé en lui ne s'est jamais adouci : une méfiance profonde envers l'autorité arbitraire, un refus absolu de vivre selon les règles des autres, et un regard instinctif, extraordinairement sûr, pour reconnaître ce qui était juste, ce qui était vrai, ce qui était rare.

El Carobè — chronique locale

EL CAROBÈ · CHRONIQUE VILLAGEOISE

Figure locale.

Il s'appelait Giuseppe Silvio.

C'était mon grand-père.

Mais chez les siens, au village, dans la famille, on l'appelait :

CIMBRI
Franco et son grand-père

NÉS UN 27 OCTOBRE

Destins croisés.

Nous partagions la même date de naissance, le 27 octobre. Je n'ai jamais considéré cela comme un hasard.

Chapitre II

Sa Trace

Il m'a laissé deux lois : la résilience et le goût du vrai.

Portrait de Silvio

UNE LÉGENDE

Le passage.

Certaines choses ne s'enseignent pas. Elles ne passent ni par des mots, ni par des leçons. Elles restent simplement là, quelque part en vous.

Je n'ai pas eu le temps d'apprendre beaucoup de lui avant qu'il ne parte. Mais une chose était évidente : il écoutait sa propre voix. Pas les règles. Pas l'autorité. Pas l'opinion des autres. Seulement ce qui lui semblait juste. Personne ne le faisait plier.

Il avait cette force de caractère que l'on rencontre rarement, et que l'on reconnaît immédiatement.

En Suisse, il est devenu antiquaire. Un antiquaire de renom. Il aimait les objets authentiques. Ceux qui ont une présence. Pas le décoratif. Pas l'artifice. L'authentique.

Silvio, antiquaire reconnu

CIMBRI · ANTIQUAIRE

Laisser une trace.

Plus tard, quand je donnais mon nom, quelqu'un s'arrêtait parfois : « Tu es de la famille de Silvio ? » Et la réaction était toujours la même, un sourire, un regard qui change, et cette phrase : « Ah... lui, c'était quelqu'un. »

Avec le temps, j'ai compris que je partageais quelque chose avec lui. Une force intérieure pour faire ce qui est juste, pas ce qui est facile. La résilience.

Mais mon chemin, je l'ai tracé seul. J'ai bâti une entreprise industrielle et je l'ai dirigée pendant vingt ans. J'y ai appris à regarder les choses de près : les matériaux, les procédés, la justesse d'un assemblage, la différence entre ce qui est fait pour durer et ce qui est fait pour paraître. Ce que cette vie m'a donné, ce n'est pas un métier. C'est un œil. Je ne le tiens pas de lui. Pas directement. Mais quelque chose de commun nous liait : cette incapacité à passer devant le vrai sans s'arrêter.

Il braconnait dans les forêts de montagne... Moi, j'écume les lieux oubliés... Il avait sa boutique d'antiquités, moi j'ai mon univers...

Avant d'être un nom, Cimbri est un état d'esprit.

Chapitre III

Des Rencontres

La plupart des gens voient des objets. Moi, j'y reconnais autre chose.

Ma quête commence souvent dans des lieux que l'on s'apprête à vider. Une usine qui ferme. Un atelier abandonné. Un bâtiment oublié où tout doit bientôt disparaître. Des endroits où des décennies de travail, de savoir-faire, vont finir à la benne.

C'est là que je me sens le plus vivant.

Usine abandonnée — Terres de conquêtes

USINE ABANDONNÉE

Terres de conquêtes.

Il faut parfois convaincre une personne méfiante, ignorer des signaux de danger, ou jouer les fantômes dans un couloir obscur. Braconner, en somme. Comme lui.

Ce qui compte, c'est ce moment très particulier où quelque chose vous touche. Et à cet instant précis, je sais. Je vois déjà ce que la pièce peut devenir, restaurée, révélée, installée dans un espace qui l'attend sans le savoir.

À travers la poussière, l'huile, la graisse, les années : sa présence. Son évidence.

Mais la quête ne se limite pas à ces lieux. Certaines rencontres se font ailleurs. Dans une vente. Dans une collection. Dans une annonce perdue au milieu de milliers d'objets. Le lieu importe peu.

Parfois, pour sauver ces pièces, il faut être un peu filou. L'idée que ce que je considère comme du patrimoine puisse disparaître simplement par ignorance ou indifférence m'est insupportable. Je peux devenir très déterminé, déraisonnable, même.

Alors je sauve cette pièce, ou je l'acquiers. Puis je la révèle. Et l'émotion qu'elle portait peut enfin être partagée.

Cimbri, c'est provoquer des rencontres.

Chapitre IV

La Transmission

Posséder n'a jamais été le sujet. Ressentir, oui.

J'ai passé des années à sauver, choisir, révéler. J'ai accumulé des pièces. Des centaines. Puis des milliers.

Mais ce n'est pas un stock. C'est un patrimoine.

Chaque objet est entré dans ma vie parce qu'il m'a touché. Et j'ai énormément de mal à laisser partir ce qui m'a profondément ému. Les gens qui me connaissent le savent bien. Ils en sourient souvent.

Car les plus belles pièces ne créent pas seulement une atmosphère. Elles parlent. Silencieusement, mais avec autorité. Elles rappellent qu'avant d'être un objet, chaque chose fut d'abord un geste, celui d'un artisan qui a travaillé, créé, cherché à bien faire.

Vieille matrice d'outils en bois

MATRICE D'OUTILS · ATELIER

Avant d'être un objet, chaque chose fut d'abord un geste.

Lorsque je les laisse partir, ce n'est jamais une simple vente. C'est une transmission. Certaines pièces ne se vendent pas. Elles se confient.

Il y a des objets que l'on possède. Et d'autres qui vous possèdent.
Franco dans son atelier

Au fond, c'est cela que je veux partager avec Cimbri.

Pas des objets. Des émotions.

Franco
Fondateur
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